S’inquiéter pour l’autre ?

Elle a perdu l’homme qu’elle aimait plus que tout au monde, elle l’a perdu beaucoup trop tôt mais elle vit encore avec lui, elle lui parle comme s’il était là et quand elle sort du boulot, elle prend encore son portable pour lui dire qu’il lui manque, qu’il lui a manqué toute la journée, qu’il est fou ce monde, qu’il est mal fait ce monde, dans lequel on passe plus de temps avec ses collègues de bureau qu’avec ses amours ou ses enfants…

Mais elle, elle aime encore. Elle est triste d’avoir été si heureuse avec lui alors elle garde sa tristesse comme elle garde son amour et cette tristesse, elle la change en présence : c’est à lui qu’elle raconte ses peines et ses joies, c’est à lui qu’elle parle lorsqu’elle se maquille le matin devant la glace et c’est à lui encore qu’elle prépare un café bien serré pour le petit déjeuner…

L’autre jour, son amie lui a lâché le gros mot : « deuil pathologique » Tu devrais faire quelque chose, consulter peut-être… Mais elle, elle n’en ressent pas le besoin, elle fait déjà quelque chose puisqu’elle continue à vivre avec lui, ce serait le contraire qui lui semblerait « pathologique », ce serait de passer à autre chose qui lui semblerait pathologique, d’ailleurs, elle ne va pas mal, elle travaille bien, elle voit des amis, passe toujours autant de temps dans des musées, mais avec lui, avec sa présence bienveillante au-dessus de son épaule… Bien sûr, il y a le regard des autres, elle n’est pas aveugle, mais tant qu’il reste son regard à lui, ça ne la dérange pas, elle ne sait vivre autrement que de vivre avec lui, c’est sa manière de vivre son deuil…

Alors qui a raison ? Elle ou ses proches qui s’inquiètent pour elle ? (Sous le soleil de Platon 28 déc 2023 France Inter)

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